17/08/2011
Alain Gresh: la Palestine...Le dernier cas de colonialisme!
Je dois d'abord, m'exprimer ma grande gratitude à monsieur Alain Gresh (Journaliste, spécialiste du Proche-Orient) qui a accepté volontiers mon invitation en faisant cet entretien sur l'un des blogs de la Tribune de Genève "Savoir la vérité". Un vif merci encore à lui pour cet entretien dans le quel il a exprimé son point de vue concernant d'une part le changement qui a connu le monde arabe récemment et d'autre part du conflit arabo-Israëlien. Avant de parler de son dernier livre consacré à la Palestine.
A noter que: A cause de quelques problèmes techniques on n'a pas pu enregistré les trois premières minutes de la discussion (dont notre invité parlait des blogs et du printemps arabe) ainsi du rôle qui a joué "le blog" récemment, en tant qu'une tribune médiatique publiquement encouragé, où les jeunes blogueurs arabes ont pu s'exprimer avec plus de liberté, loin de la "censure" déjà pratiquée dans les anciens moyens du journalisme. Concernant le printemps arabe, notre invité a constaté que ces révolutions "purement arabes" ont fait changer le regards des autres vers ces peuples à travers les manifestations aussi pacifiques.
Qui est Alain Gresh?
Alain Gresh est un journaliste français né en 1948 en Égypte. Sa mère est une Russe de confession juive. Son père naturel est Henri Curiel (1914-1978), militant communiste et internationaliste, assassiné à Paris. Son père adoptif est un copte égyptien. Il publie plusieurs livres sur le Proche-Orient, dont notamment L'islam en questions en 2000 avec Tariq Ramadan. Alain Gresh était jusqu'en décembre 2005 rédacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique. Depuis janvier 2008, il en est le directeur adjoint. Alain Gresh est membre du comité éditorial de la revue Maghreb-Machrek.
Article publié le 02/08/2011 14:47
Entretien avec Alain Greish:
- Comment voyez-vous la couverture médiatiques des chaines arabes concernat le printemps arabe?
- ... Al jazeera ainsi que d'autres chaines ont contribué à donner au mouvement dans ce ressemble un caractère pan-arabe, je pense qu'à Al-jazeera (et Alarabiya un peu plus modérée) ont été obligées de mettre ça...il se devenait une question arabe et pas seulement une question tunisienne ou égyptienne. malheureusement, il faut dire que depuis je trouve que la couverture notamment d'Al-jazeera s'est beaucoup dégradé, c'est-à-dire s'est devenue une couverture, sur la Libye comme sur la Syrie comme sur le Yémen d'ailleurs, purement partisane, reprenant souvent des choses qui ne sont que des rumeurs, ne vérifiant pas l'information, et ça je crois que c'est quelque chose de très négatif et en plus on a l'impression d'une espèce de recentrage à la télévision Al-Jazeera liée, il faut le dire, au rapprochement qui existe entre le Qatar et l'Arabie Saoudite.
- Ces médias notamment Al-Jazeera affirment qu'ils n'ont pas la possibilté d'envoyer des journalistes à ces pays pour voir les choses de près?
- ... D'abord, au Yémen ils ont la possibilité, (d'autre coté) c'est vrai ... qu'il n'y a pas la possibilité, mais c'est vrai aussi...meme que les autorité syriennes portent une responsabilité, en refusant les journalistes étrangers d'entrer dans le pays (il y a des journalistes qui entraient) ...ce n'est pas une raison pour publier n'importe quoi! On peut avoir assez facilement à qui sait, à des gens en Syrie et des vrais interlocuteurs...on peut recouper les informations. Moi-même j'ai passé une semaine en Syrie, j'ai pu aller à Hamah j'ai pu avoir des choses, etc.
- Vous voyez que c'est contradictoire?
- Ce n'est pas de contradiction, je pense que c'est une vue tout à fait partisane, qui ne comporte aucune nuance...ça je trouve dommage.
- Il existait des critiques de la part de quelques intelectuelles arabes qui vont vers ce point de vue, pourquoi?
- Oui, c'est vrai, je crois qu'elle s'est laissé prendre aussi par les succès des révolutions tunisiennes et égyptiennes et ils ont cru qu'il va se passer de la même manière...ils sont déçues
- Vous étiez jusqu'en décembre 2005 rédacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique. Aujourd'hui vous êtes directeur adjoint du mensuel. Cela me ramène à poser la question suivante: on a remarqué que vous publiez des articles qui ont un rapport direct avec le moyen orient en les traitant constamment d'une manière différente à celle du journal "source" Le Monde, est-ce vrai? pourquoi?
- Si vous voulez, Le Monde diplomatique a depuis trente ans une rédaction totalement séparée de celle du Monde, donc c'est un peu normal, qu'ils n'aient pas le même point de vue. En plus depuis quinze ans, on est devenu une filiale, on appartient au groupe Le Monde mais on est une filiale, on a toute indépendance dans notre ligne rédactionnelle, c'est vrai qu'on écrit beaucoup de choses sur le monde arabe, c'est vrai aussi, sur les questions de l'Europe de la mondialisation. Disons, nous, on a toujours été un journal depuis très longtemps engagé dans le soutient des peuples de ce qu'on a appelé le Tiers Monde, dans les luttes de libérations, dans le soutient de la Palestine, ça était toujours la ligne du Monde diplomatique, cela (ce point de vue) n'a pas changé...
- Revenons maintenant vers votre dernier livre sur la Palestine (de quoi la Palestine est-elle le nom), pouvez-vous nous dire (en bref) que vous voulez transmettre à un public arabe et un autre israelien?
- Écoutez, je crois que le but du livre et d'essayer d'expliquer pour quoi cette question de Palestine est devenue si importante, pas seulement pour les arabes et les israéliens, mais dans le monde, pourquoi elle est le dernier cas de colonialisme, enfin le dernier cas important de colonialisme, qui n'a pas trouvé de solution, et qui devrait la trouver et donc il mobilise non seulement les peuples de ces régions mais plus largement l'ensemble de la planète parce que aujourd'hui justement on est dans une période historique qui doit achever la période coloniale, c'est la période de deux siècles de dominante de l'Occident elle était en traine de s'achever avec l'émergence de la Chine, de Brésil, de l'Inde, de l'Afrique de sud, etc. Donc c'est normal que ce cas, je dirais presque anachronique revienne...voilà. Et la deuxième chose qui est tout à fait importante, et je crois que je termine le livre là-dessus, c'est que -je ne sais pas qu'elle va être la solution politique- comme vous le savez, il y a beaucoup de problèmes sur la création d'un État Palestinien...un État deux États, etc...ce qui est sur, ce qu'il n'y aura aucune solution politique durable sans la reconnaissance de l'égalité entre tous les gens qui habitent aujourd'hui le territoire historique de la Palestine (qu'ils soient Israéliens, Palestiniens, Arabes, Juifs, musulmans ou Chrétiens) et c'est cette égalité fondamentale que jusqu'à présent, en tout les cas, le gouvernement israéliens (et les israéliens) malheureusement contestent. Tant qu'on n'a pas réglé ça, je pense qu'il n'aura pas une solution durable.
- Y a-t-il, dans ce sens, une perspective de paix dans la région?
- Oui, il y a une perspective de paix, d'abord elle est importante non seulement pour les peuples qui vivent sur ce territoire mais elle est aussi importante pour la paix mondial, c'est quand même un élément de déstabilisation de la région qui n'a pas besoin de ça. D'abord elle est nécessaire cette paix, deuxièmement elle est possible dans la mesure où...en principe la communauté internationale s'est mise accord sur les conditions d'une solution, le problème c'est que la communauté internationale c'est-à-dire pas seulement les l'Europe et États-Unis ne reconnaissent pas le fait fondamental, qui est le fait qu'on n'a pas deux peuples, un peuple israélien et un peuple Palestinien qui négocient de choses pas d'égalité mais, qu'on a un occupant et un occupé et là aussi il faut reconnaître ce fait c'est une occupation ...donc, il faut finir cette occupation.
- Je vous laisse le dernier mot... concernant les jeunes arabes et leur avenir ?
- Je crois que c'est à eux de transmettre au monde, aux européens, que les peuples qui prenaient en mains leur destin, les jeunes qui prenaient en mains leur destin pouvaient changer les choses...c'est un apport historique à l'évolution du monde aujourd'hui.
- Merci Monsieur Alain Gresh pour cet entretien. A la prochaine!
- Merci. Au revoir.
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