26/08/2011

L'Algérie risque de connaître des troubles, après la chute du "Guide" libyen.

sans-titre-1_621341_465x348.jpgLors du conflit libyen, l'Algérie s'est entêtée à soutenir le «guide» de la révolution libyenne Mouammar El Gueddafi, une position qui signe l'échec de la diplomatie algérienne. Tiraillée à l'ouest par sa frontière avec le Maroc et maintenant à l'est avec la Libye, l'Algérie risque de connaître des troubles, selon les experts.

Les partenaires de l’Algérie s’étonnent comment un pays assiste à l’accélération de l’histoire à ses frontières sans prendre d’initiative. A Alger, on préfère donner aux événements une lecture sécuritaire simpliste. On insiste sur la circulation des armes. Et on oublie l’essentiel.

SOURCE

- Antoine Basbous. Politologue libanais et fondateur de l'Observatoire des pays arabes : L'Algérie pas heureuse de ce changement ...

 

«La première conséquence est que l'Algérie a, maintenant, deux voisins arabes qui ont fait la révolution et accédé à de nouvelles gouvernances ; et un troisième qui s'est engagé dans une réforme à froid», estime Antoine Basbous. «Les dirigeants algériens ne doivent pas être très heureux de ces changements qui les déclassent et qui montrent que la révolution algérienne entamée en 1988 n'a toujours pas abouti, plus de vingt ans après», poursuit-il. Y aura-t-il contamination pour autant ? «Pour l'instant, je vois que l'Algérie réagit à toutes les revendications en achetant la paix sociale, sans engager des investissements productifs», dénonce-t-il. «Est-ce suffisant ? Les citoyens n'ont pas gagné en libertés politiques, ni en droits», tranche-t-il. Les récents événements, survenus en Libye, «vont sans doute provoquer une onde de choc profonde, bien que toujours pas perceptible en Algérie», assure le politologue installé en France. «Une situation à méditer, alors que deux pays limitrophes ont changé de cap au moment où l'Algérie demeure inerte.» A ce propos, Antoine Basbous déclare : «Je sais que la population a déjà payé cher ses revendications en 1988 et pendant la décennie noire, mais il faudrait qu'il y ait de véritables réformes et non une distribution de devises à tous ceux qu'on voudrait calmer.»


Par ailleurs, les tensions entre Alger et le Conseil national de transition sont exacerbées par les atermoiements d'Alger à le reconnaître à la tête de la Libye. Une situation qui «pèsera sans doute sur le ré-enclenchement des relations bilatérales qui ne sont franchement pas bonnes.» Selon lui, «c'est un chantier diplomatique, de voisinage et de fraternité à mettre en place au plus vite, estime-t-il, d'autant plus que les deux pays ont des sujets importants à traiter, notamment, ce qui se rapporte à AQMI».
En effet, renforcée par ses provisions en Libye aux débuts de la révolution, Al Qaîda au Maghreb a de meilleurs moyens pour sévir. La recrudescence des actes terroristes revendiqués par cette dernière en Kabylie en témoigne, explique le politologue. «AQMI profite des zones de turbulences. Les deux pays doivent au plus vite se réconcilier», déclare-t-il.
A l'échelle africaine, El Gueddafi était un véritable «rival» pour l'Algérie. «Je pense que sur le plan du rayonnement algérien en Afrique, la disparition d'El Gueddafi et de sa capacité de nuisance peut être une bonne occasion pour l'Algérie pour engager une politique dynamique, occuper le terrain et combler le vide laissé par ce dernier», conclut le fondateur de l'Observatoire des pays arabes.

 

 

- Hasni Abidi. . Directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) : ... et a manqué d'anticipation et de vision

 

Pour le politologue Hasni Abidi, la diplomatie algérienne a fait montre sur le cas libyen d'un amateurisme inquiétant. « La diplomatie n'a jamais été dictée par des principes moraux ou politiques et encore moins éthiques, mais elle s'appuie sur la préservation des intérêts de chaque Etat et dans le cas libyen, l'Algérie a été à contre-courant de ses intérêts.» Ce manque de discernement  a fait perdre à l'Algérie la possibilité de jouer un rôle comparable à celui tenu par l'Arabie Saoudite lors des événements de Bahreïn. «L'Algérie avait la possibilité de devenir la locomotive du Maghreb et de jouer un rôle prépondérant et de devenir l'interlocuteur privilégié  grâce à ses relations privilégiées avec le colonel El Gueddafi et les rebelles du CNT, qui ont, pour la grande majorité d'entre eux, servis l'ancien régime et qui connaissent bien l'Algérie. », analyse le directeur du Cermam.


Manque de vision et d'anticipation de la part de l'Algérie


L'Algérie n'a plus la capacité d'agir, elle va plutôt subir les conséquences de ses positions lors du conflit Libyen. Pour le politologue Hasni Abidi,  l'Algérie va y laisser des plumes et va se retrouver rapidement en concurrence directe avec le nouveau régime libyen dans la région. «Le changement de régime en Libye ne peut que favoriser les intérêts de tous les autres pays, au détriment de ceux de l'Algérie. Il ne faut pas perdre de vue que la Libye a les mêmes atouts qu'utilisent l'Algérie depuis de nombreuses années, pour s'imposer en tant qu'interlocuteur privilégie de l'Europe et des Etats-Unis. A moyen terme, la Libye va ravir cette position stratégique à l'Algérie. .»


L'Algérie a l'arrêt


L'Algérie, qui était le pays le plus avant-gardiste dans la région en termes de transition démocratique, va devenir le pays le plus en retrait. Vingt ans plus tard, l'Algérie est le dernier de la classe. «Cette régression est déjà visible avec les événements du printemps arabe», confirme Hasni Abidi.


Et maintenant...


La grande maladresse de la diplomatie algérienne durant la crise libyenne a été l'entêtement du régime à refuser d'entreprendre des négociations avec le CNT sous prétexte qu'il n'était qu'un mouvement de rebellion «Je comprends la position algérienne mais en même temps rien n'empêchait le pouvoir algérien d'ouvrir une fenêtre de négociation avec les rebelles. Il suffit de voir comment la diplomatie marocaine a réagi avec l'arrivée au pouvoir de la CNT, elle a immédiatement envoyé une délégation à Benghazi.»

 

 

 

- Mohamed Chafik Mesbah, politologue et ancien officier supérieur de l'Armée populaire nationale (ANP). : Les intérêts du régime algérien ont prévalu sur ceux de l'Algérie

 

L'entêtement solitaire de Bouteflika


Pour expliquer l'entêtement du régime algérien à vouloir sauver le leader libyen, le politologue Mohamed Chafik Mesbah estime : «Certains pôles de pouvoir, influents dans le système algérien, ont toujours considéré - à tort plus qu'à raison - que le colonel El Gueddafi et son régime étaient des alliés stratégiques de l'Algérie. Peut-être ces pôles de pouvoir ont-ils influencé la décision du chef de l'Etat, mais c'est lui, probablement, qui a pesé de tout son poids dans ce qui aura constitué l'attitude des autorités algériennes vis-à-vis de la crise libyenne. Plutôt que les impératifs de sécurité nationale ou les exigences de solidarité contre l'intervention de puissances étrangères brandis par les pouvoirs publics algériens pour justifier de leur attitude, c'est la volonté de faire reculer l'échéance du changement en Algérie qui aura été déterminante. « A défaut de pouvoir parler, avec des preuves formelles, d'appui logistique au régime libyen», Mohamed Chafik Mesbah «considère qu'il suffit de prendre acte de la bienveillance diplomatique discrète mais déterminée et affichée en faveur du Colonel El Gueddafi. Cette position, poursuit l'ancien officier supérieur de l'ANP, semble résulter moins d'une position doctrinale vraiment élaborée que d'une peur masquée par rapport à l'effet de contagion que pourrait exercer la chute du régime libyen.


Risque de troubles aux frontières


Il n'en reste pas moins, selon l'ancien officier supérieur de l'ANP, que l'effondrement du régime libyen risque, certainement, de placer l'Algérie face à de grandes difficultés au niveau de ses frontières, par rapport à son espace sécuritaire vital. «Une implosion de la situation en Libye, perspective peu souhaitable mais envisageable, pourrait entraîner, en effet, des troubles sérieux pour l'Algérie, à ses frontières avec ce pays, mais aussi dans l'espace sahélien et même dans certaines régions du territoire national. Flux migratoires incontrôlés, dissémination d'armements modernes lourds et recrudescence du terrorisme sont des menaces réelles. La dynamique de la victoire pourrait, également, donner des idées aux islamistes activistes à travers l'Algérie et même tout le Maghreb».
«C'est, tient à préciser Mohamed Chafik Mesbah,  faire preuve de duplicité, cependant, que de laisser imaginer que le maintien à la tête de la Libye du colonel El Gueddafi conforterait les intérêts de l'Algérie. Il existe bien des exemples, du conflit du Sahara occidental à l'activation des irrédentismes targuis, où le colonel El Gueddafi a, ouvertement, encouragé des projets hostiles à notre pays.».


Une position diplomatique qui isole un peu plus l'Algérie


«Les hésitations de la diplomatie algérienne face à la crise libyenne, affirme l'ancien officier supérieur de l'ANP, mettent encore plus en relief l'impression de flottement qui caractérise, désormais, la démarche diplomatique algérienne. Certes, l'Algérie n'a plus la même influence que celle dont elle a pu disposer de par le passé, tant au niveau régional qu'au plan international. Les diplomates algériens ne sont pas, nécessairement, en cause. Ils sont, parfois, d'une grande compétence et ils ne manquent pas de convictions patriotiques. Seulement voilà, ces diplomates ne disposent pas de visibilité stratégique par rapport à la démarche diplomatique de l'Algérie. Ils ont, au surplus, pieds et mains ligotés par l'appropriation de toute l'initiative au niveau du chef de l'Etat directement. Naturellement, cette politique étrangère, qui devrait être le lieu du consensus national, par excellence, ne l'est plus du tout. Et pour cause, un consensus interne fort, c'est le reflet d'une osmose parfaite gouvernants-gouvernés. C'est dire, que quelque part, cet échec de la diplomatie algérienne est celui du système algérien tout entier. Il fut un temps, en effet, fait-il rappeler, ou jamais un événement régional de cette importance n'aurait pu se produire sans que l'Algérie, forte de son consensus interne, servie par la diligence de ses services de renseignement et à la présence effective de sa diplomatie, soit au cœur de l'actualité avec des objectifs clairs et profitables à la nation.

 

Un âge d'or révolu», reconnaît-il amèrement.


Tout en concédant que cette réforme ne peut intervenir en vase clos, sans remise en cause de toute la gouvernance du pays, Mohamed Chafik Mesbah plaide pour ce qu'il appelle «un véritable aggiornamento de la diplomatie algérienne destinée à adapter corps et doctrine diplomatiques à l'ère nouvelle de la mondialisation. La diplomatie algérienne, soutient-il, sous l'influence de responsables qui, de par l'âge même, en sont restés aux schémas éculés de la guerre froide - se déploie comme si le mur de Berlin n'était pas tombé ! Le régime algérien se cramponne à l'idée que sa participation affichée à la lutte contre le terrorisme va le prémunir contre tous les facteurs du changement, qu'ils puissent émaner de l'exaspération populaire ou d'une volonté étrangère affirmée. C'est une démarche infantile. L'ancien officier supérieur de l'ANP soutient que «la diplomatie algérienne, par-delà  ses positions timorées face aux exigences démocratiques des peuples arabes, ne fait qu'exprimer, en fait, la crainte du régime algérien qui refuse de prendre acte que le cours puissant de l'histoire pousse à la démocratisation des systèmes actuels dans les pays arabes, processus que caractérise, notamment, deux paramètres essentiels, la participation incontournable du courant islamiste aux nouveaux processus politiques en cours et la neutralité bienveillante des armées nationales».


évolution des relations entre l'Algérie et le CNT


L'ancien officier supérieur de l'ANP, qui exprime, volontiers, son scepticisme sur l'homogénéité, la cohésion et l'autonomie de décision du CNT libyen, affirme, néanmoins, que « les autorités algériennes seront obligées, après une période d'expectative, de renouer le contact avec les nouvelles autorités libyennes. Il faut se résoudre à l'idée que, désormais, même les conflits localisés, d'intérêt régional, s'inscrivent dans une logique internationale qui gomme les souverainetés nationales».

 

 

13:15 Publié dans Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : presse | |  Facebook | | | | | | Palestine |  del.icio.us

Commentaires

On se moquerait volontiers de ce que fait l’Occident de ces régimes si ces derniers, par leurs ruses puériles, n’étaient pas devenus une source de grande insécurité nationale. Personne ne regrettera Kadhafi et sa progéniture et ses appareils démentiels mais qui peut affirmer que les libyens seront réellement libres de façonner leur destin ? L’Otan, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis qui s’offrent le statut de « libérateurs » ont fait un investissement. La Libye paiera. C’est la loi du marché et du rapport de forces. Et si les libyens montreraient des velléités de s’émanciper, il y a l’islamisme dans toutes ses variantes y compris AQMI pour légitimer une présence durable. On peut y ajouter le tribalisme puisque les libyens ont été durablement empêchés d’être des individus et des citoyens. C’est la deuxième dictature à tomber au Maghreb, la troisième en Afrique du nord à laquelle appartient géographiquement l’Egypte. Il faudrait être aveugle pour ne constater que des choses bougent. Et que les traits communs de ces systèmes sont aussi dans le notre : tutelles sur les sociétés, interdiction de l’organisation libre et autonome, champ politique et médiatiques contrôlés… et, conséquence évidente des logiques autoritaires, une dépolitisation faussement sécurisante. Car c’est cette dépolitisation voulue et systématisée qui est entrain de faire oublier aux nouvelles générations que l’Otan n’a rien d’une organisation de bienfaisance mais qu’elle est le bras armé d’un ordre impérial. Les régimes arabes font un étalage quotidien d’un discours nationaliste, ils sont pourtant, par le désespoir et le « décervelement » qu’ils provoquent à l’origine de grandes confusions voire de l’effritement du sentiment patriotique.
http://www.lanation.info/Algerie-Libye-982-kilometres-de-reflexion_a208.html

Écrit par : AS | 26/08/2011

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Le monde suite minute par minute la fin libératrice de 42 ans du règne absolutiste de Mouammar Kadhafi et le triomphe des insurgés du Conseil national de transition, en Algérie, on préfère plonger la tête dans le sable, continuer comme si de rien n’était. Aucun commentaire, ni réaction de la part des autorités. Malgré les accusations de présence de mercenaires, tantôt du côté de Kadhafi et tantôt des insurgés du CNT, on applique le silence. La diplomatie algérienne se mure dans le mutisme.

Écrit par : hijazi | 26/08/2011

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A anoine barbouse, le soit-disant expert des "ARABES"
Ce monsieur sioniste se trompe completement en comparant les siuations qui prévalent en tunisie et en lybie;
en tunisie c'est une rvolution portée par un mouvement populaire non armé et non soutenu par les puissances étrangères, au contraire les français et autres colons ont tout fait pour etouffer les révendication du peuple tunisien, comme ils le font actuelement au maroc;
en lybie se sont les puissances étrangères colonialistes et sionistes qui ont précipété et organise les troubles mené sous la houlette de MILICES EN LYBIE

Écrit par : VIVE KADAFI! A MORT L'OTAN! | 26/08/2011

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Le CNT, composés d'anciens ministres de Kadafi et dont le président est celui qui avait condamné sans hésiter les infirmières bulgares à la peine capitale, est-il crédible ? Sachant en plus que la majorité de ses membres conservent l'anonymat! Qu'ont-ils donc à se reporcher ou à craindre ? Quand aux rebelles, qui ont fait plus de victimes dans leur rangs que dans les rangs des pro Kadafis, ce sont des bandes armées incontrolables ! Demain, tout ce beau monde voudra le pouvoir! Et le CNT est autoproclamé! Il représent qui ?Qui pourra donc parler au nom des Libyens ? Ou bien va t-on remplacer une dictature par une autre ? Un sacré bourbier en perspective!!!!
Quand à l'Algérie, elle n'a jamais porté dans son coeur ni Kadafi (qu'elle a d'ailleurs bombardé plus d'une fois) ni ce CNT dont la couleur politique est toujours inconnue! D'ailleurs, les ALgériens en Libyen étaient la plus petite minorité (Envrion 9000 dont 5000 résidents) par rapport aux Tunisie, Marocains, Egyptiens (Plusieurs centaines de milliers chacun!)

Écrit par : Madracen | 26/08/2011

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Les libyens ont pris avec beaucoup de sacrifice le contrôle à "Bab Al-Azizia", au moment où les autorités algériennes qui ne représentent pas le peuple ont perdu "le pari", et voici leur allié, le tyran, fêtera le premier Septembre prochain son 42 anniversaire de la dictature, mais pas à Bab-Al Azizia mais dans un abri (réservé à des ras comme son genre)!!!

Écrit par : conseil | 27/08/2011

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L'ennemi no.1 au Maghreb c'est la France.

Je suis fier et heureux que mon grand père suisse pur jus avait en son temps aidé activement le FLN par haine de la France, ce pays merdique qui l'avait mis dans un camps de concentration lorsqu'il était revenu de la guerre d'Espagne.
Ce furent mon père et mon oncle qui le sortirent de ce camps en tabassant copieusement trois policiers.

Et dire que Gaston Ghrenassia, alias Enrico Ma Chiasse, le Pavaroti des merguez et de l’anisette rêve de retourner en Algérie.

Écrit par : A.Laleuf | 27/08/2011

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